Cinéma

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Dans La Vie est belle de Roberto Begnini, nous avons un exemple remarquable de ce qui peut être appelé une illusion protectrice. Guido, le héros, est un personnage qui n’est présent dans le monde réel que comme un prestidigitateur, pour qui le principe de réalité est remplacé par un principe de l’illusion.

Il est le bouffon d’une farce constante, mais qui n’existe que pour lui, car autour, c’est la réalité sordide d’une Italie dont la mentalité est contaminée par les thèses racistes et vendue à l’Allemagne nazie. Le film est construit d’une manière étonnante, une première partie lyrique, joyeuse, qui laisse une grande place à l’humour et à la dérision, et une seconde partie qui se situe dans l’enfer des camps de concentration, mais, chose surprenante, sans que l’illusionniste ait changé. C’est toujours Guido et sa légèreté, au milieu de l’horreur indicible.

 

Dans la première partie, la relation de Guido avec celle qui va devenir sa femme est toute empreinte de magie. Tout arrive selon des coïncidences extraordinaires. Guido, c’est un peu comme le chat botté, celui qui est capable de tout changer avec magie. Il est léger, et sans attache dans le monde réel, il est la passion, la joie de vivre. Inconscient, il ne veut pas croire au sérieux des doctrines de la " race supérieure ". Quand son fils est là, il va tout faire pour lui montrer que l’on peut, avec un peu de sens du jeu, voir que " la vie est belle " contre toutes les apparences qui nous prouveraient le contraire. L’enfant est crédule, il marche, mais en même temps, il se rend bien compte que cela cloche dans le camp de concentration, il revient face au père en lui rappelant la réalité. Mais Guido fanfaronne et lui promet de gagner au jeu, il se laisse prendre. A la fin, il aura le char d’assaut qui était promis, quand les américains débarquent et libèrent le camp de concentration. Cela veut dire, " laisser vous prendre à l’illusion, mettez vous seulement à croire dans la vie, dans la joie et à la fin, vous aurez raison de l’avoir fait ".

 


L’illusion est ici une protection pour l’enfant, elle dissimule l’horreur, la laideur, la brutalité ignoble, elle fait voir seulement l’aspect rieur de la vie, la moquerie amusée devant tous les événements.

Nous pourrions nous insurger, dire que le père a menti. L’enfant pourra lui en vouloir de lui avoir caché la vérité. Guido va mourir comme un chien, d’une rafale de mitraillette, dans un fossé du camp. Le bouffon disparaît, mais sans renoncer à son rôle pour protéger son enfant de l’horreur. Le pathétique est là, comment un être innocent peut il mériter cela.

 


C’est la victoire de l’ordure, contre l’art : c’est révoltant, écœurant. Mais c’est aussi la beauté d’un don de soi. Guido n’était qu’un pantin, un clown, mais il a tenté de sauver l’âme de son fils. Le pantin est jeté, le clown est exécuté, mais il a peut être plus de grandeur que celui qui le tue. La leçon à en tirer, n’est-ce pas celle qui dit que la Vie doit garder une légèreté spirituelle, dans la lourdeur et le grouillement de l’immonde. Avoir les pieds sur terre, être réaliste, c’est une formule qui a sa valeur, mais dans un monde violent et stupide, cela ne sauve personne. Faut-il vraiment détruire toutes les illusions ? En quoi l'illusion peut-elle être protectrice ?


Si l'illusion a ici une valeur, ce doit être celle d'un manteau tissé par la pensée pour recouvrir une vie encore fragile, une vie qui est encore trop faible pour affronter lucidement la complexité du réel. Celle d’un enfant. D’autre part, si l'illusion a ici une valeur, c'est aussi pour nous rappeler qu'après tout, le sérieux absolu que nous prêtons aux événements et aux choses ne tient qu'à notre regard sur les choses, au drame horrible que nous nous représentons, il ne tient peut être pas aux choses elles-mêmes. Si nous avions une vue plus globale, plus distanciées, plus complète, la vision du drame ne serait-elle pas modifiée ?

 

 

 


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Vendredi 17 avril 2009 5 17 /04 /Avr /2009 07:58
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  • André
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  • 01/01/2008
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  • Je considère que l'on ne s'enrichit que dans nos différences. L'injustice est le mot que je hais. L'amour est le terme que je préfère. Pour le reste, c'est ma vie...

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