Le financement du terrorisme est par essence extrêmement dissimulé et les données fiables à son sujet sont
rarissimes, malgré ce que pourraient laisser croire les «révélations», «rapports secrets» et autres «analyses stratégiques» publiés par des groupes ou des personnes qui s’improvisent «experts» en
la matière pour répondre à la curiosité du grand public.
Plus modestement – mais sans doute plus sérieusement – Michel Dantinne et ses
collaborateurs se livrent à un travail de fourmi en dépouillant systématiquement une masse énorme de documents émanant de sources publiques et privées, rédigées dans plusieurs langues et
originaires d’un nombre important de pays.
Il s’agit de sources
ouvertes, la «matière première» n’étant pas accessible – ou, alors, à un coût considérable lié au déploiement de moyens humains très étoffés. Cette masse informe de documents est soumise à une
analyse critique visant à séparer le bon grain de l’ivraie, pour ne retenir que ce qui apparaît pertinent en vue d’une structuration utile à la compréhension du phénomène.
Michaël Dantinne et ses collaborateurs ont tiré du dépouillement de cette documentation une cartographie du financement du terrorisme. Besoins, sources, circulation, utilisation : tout est analysé et mis en relation.
Quels besoins financer ? Armer, entraîner, nourrir, (s’)
informer…
En termes de besoins, il est traditionnellement admis que d’importants moyens ne sont pas indispensables pour… terroriser. Bien que cette conviction tende à s’effriter, nombre d’observateurs font remarquer qu’une campagne terroriste efficace par sa portée sur l’opinion ne nécessite toujours pas un investissement considérable, au regard des dommages énormes occasionnés, bien que des estimations vraiment fiables fassent encore défaut quant aux coûts liés aux attaques du 11-Septembre, diverses sources sérieuses avancent des montants situés entre 200 000 et 500 000 dollars. Ce qui est modeste par rapport aux sommes que le réseau Al-Qaïda aurait investies pour assurer des victoires politiques à ses partisans au Pakistan : il est question, là, d’un million de dollars, voire davantage.
Que faut-il à un groupe terroriste pour exister dans la durée ? L’acquisition d’armes et d’explosifs est une préoccupation permanente. Mais ce n’est pas un problème insurmontable,
puisque le marché en la matière s’est considérablement étoffé, à la faveur de l’effondrement de nombreuses structures étatiques et de la globalisation économique. A côté de l’armement au sens
strict, les coûts relatifs à son transport et à son stockage ne sont pas négligeables, compte tenu notamment des risques encourus par les receleurs.
Sur le plan logistique, le groupe terroriste a besoin de bases nécessaires à l’hébergement, à la formation et à l’entraînement de ses membres. Il consacre une part sans cesse accrue aux technologies de l’information et de la communication. S’informer et communiquer sa propagande sont en effet devenus, pour lui, des impératifs essentiels : il doit savoir ce qui se passe et faire connaître ses objectifs et ses positions au fil des événements. Il doit également assurer, totalement ou partiellement, la subsistance de son «personnel» : rémunérer les adhérents à temps plein ou partiel, compenser éventuellement la perte du revenu légal. Il doit aussi aider financièrement ses militants détenus ou soutenir leurs familles dans le besoin.
Les sources de financement du terrorisme sont très variées. Le soutien étatique est l’une des plus traditionnelles. Comme l’accueil, par l’Afghanistan des talibans, d’Oussama Ben
Laden et du réseau Al-Quaida. Les soutiens étatiques ouverts commencent cependant à se raréfier et ils se font plus discrets, à mesure que les risques de rétorsion s’accroissent, surtout quand
les groupes terroristes ainsi soutenus s’en prennent à de grandes puissances. L’exemple d’Oussama Ben Laden est le plus souvent cité. Au-delà de sa fortune d’origine familiale, estimée à quelque
250 millions de dollars au début des années 1990, il aurait reçu l’appui discret de plusieurs dignitaires saoudiens, ainsi que de quelques grandes fortunes du golfe Arabo-Persique et d’Asie du
Sud-Est. Mais le mécénat privé ne se limite pas au cas Ben Laden.
Dans le cadre des rétorsions de l’après 11-Septembre, les cibles du gouvernement américain ont souvent été des organisations caritatives contre lesquelles des sanctions hâtives ont été prises sans preuve sérieuse de leur culpabilité. Dans bien des cas, ces soupçons injustifiés ont eu pour effet pervers d’accentuer encore le sentiment anti-américain dans le monde musulman.
Il arrive que des entreprises soient légalement constituées par des groupes terroristes, en vue de générer un profit finançant leurs activités. Au-delà de l’amalgame qui s’est opéré
autour du groupe commercial de la famille Ben Laden en Arabie saoudite, il semble plus difficile d’identifier des entreprises qui financeraient la nébuleuse Al-Qaïda. Il paraît hasardeux
d’évoquer, comme le font certains, la pénétration de l’ensemble de l’économie légale par des organisations terroristes.
Des synergies existent indubitablement entre des groupes terroristes et des organisations criminelles classiques, de type mafieux. Les «échanges de bons procédés» entre ces deux pôles sont facilités par le fait qu’ils n’entrent pas en concurrence, l’accumulation de richesses n’étant pas (en principe) l’objectif des terroristes.
Les enlèvements contre rançon sont, pour les groupes terroristes, un mode de financement d’autant plus commun que de tels événements sont très médiatisés. Certains groupes s’en sont fait une spécialité à grande échelle. La présence de nombreux étrangers (militaires, humanitaires, journalistes) dans les zones de conflit encourage aussi le recours au kidnapping, comme le montre l’actualité.
Les attentats du 11-Septembre ont éveillé l’attention sur les systèmes informels de remises de fonds, qui permettent de transférer de l’argent avec une facilité et une discrétion
supérieures à celles du système bancaire classique. Malgré leurs avantages, les réseaux informels ne peuvent supplanter totalement le système bancaire classique, bien que les banques soient les
premières institutions visées par les mesures anti-blanchiment. L’une des raisons en est qu’il est presque impossible, et en tout cas très suspect, de vivre sans compte en banque. De plus, la
banque est l’un des éléments incontournables dans un processus de blanchiment ou de noircissement d’argent.
Les investigations sur Al-Qaïda auraient ainsi montré un lien capitalistique entre Ben Laden et une banque des
émirats.
Il y a donc indéniablement des besoins, des sources et des canaux de financement du terrorisme. Existe-t-il
pour autant un terrorisme financier dans lequel le vecteur ou la cible de la menace serait l’économie elle-même, au sens large?
Les attentats du 11-Septembre pourraient le faire croire: n’ont-ils pas
causé d’énormes préjudices financiers directs et indirects à l’économie américaine, voire mondiale?
La capacité des organisations terroristes à tirer profit des systèmes économiques modernes les inciteraient
plutôt à opérer sur des bases stables bancaires pour permettre aux terroristes d’impacter le système financier. La paralysie, certes temporaire, engendrée par les attentats du World Trade Center,
due à la destruction physique de certains nœuds de l’activité financière mondiale, en est une preuve incontestable.
…/…Cette publication prend un rôle informatif vis-à-vis du public…/…
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