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«L’argent qui vient de la création revient à la création.» Ainsi Pierre Bergé a-t-il confié cet événement : la dispersion aux enchères de la collection d’art qu’il a constituée pendant près de cinquante ans avec Yves Saint Laurent disparu. Elle est exposée au Grand Palais, après quoi, à 19 h 05, Me François de Ricqlès fera tomber le premier coup de marteau sur un petit paysage italien de Degas.

Amour. A cette occasion, Libération a voulu donner carte blanche à Pierre Bergé pour choisir, et commenter, les témoignages de leur intime complicité. La formation d’un goût dans une collection, mais aussi les fils invisibles tissés par le couturier avec ses créations, voici ce que nous tentons de présenter dans ces pages, plutôt que les superlatifs des chiffres. S’il faut en passer par là, livrons-en rapidement : trois jours de vente, pour plus de 700 œuvres, dont Christie’s et la maison de ventes aux enchères de Pierre Bergé attendent de 200 à 300 millions d’euros. Destinés, en grande part, à la Fondation qui a déjà fait un extraordinaire travail de sauvegarde et de valorisation de l’œuvre du grand couturier. Une semaine avant le décès de Saint Laurent, Pierre Bergé se trouvait au musée des beaux-arts de Montréal pour la première rétrospective consacrée à celui qui donna plus que la liberté, le pouvoir, aux femmes. «Je ne sais si la haute couture est un art, livrait-il dans l’émotion du moment, mais ce que je sais, c’est qu’elle a eu besoin d’un artiste, et que cet artiste, ce fut Yves Saint Laurent.» Il sera toujours temps, après la vente, d’en décortiquer les résultats. Parions ici qu’un tel ensemble transcendera le ressac du marché de l’art.

Pas seulement parce qu’il fut composé par le créateur et l’entrepreneur que réunissait une grande histoire d’amour. Parce que son éclectisme se combine à un grand goût, équivalent à celui des honnêtes hommes de la Renaissance, et en même temps s’inscrit sans l’ombre d’une hésitation dans le XXsiècle.



Périodes. Les deux hommes ne vivaient plus ensemble rue de Babylone. On pourrait trouver le grand art, des peintres modernes ou des créateurs de l’art déco, dans la pénombre de laquelle l’un s’était enfermé.

Un raffinement savant pour Frans Hals, les objets d’art de la Renaissance ou du XVIIchez celui qui se livrait au grand jour aux conquêtes des affaires.

Ce n’est pas du tout l’avis de l’intéressé, pour lequel ces nuances correspondent en fait à des périodes successives, dans lesquelles ils ont toujours tout partagé : «Il n’y a pas une collection Bergé et une autre Saint Laurent, qui puissent être distinguées.» D’où cette décision de se séparer d’un tout indissociable. Ils ont aimé les objets de vertu, ce qui signifiait, dans le temps, avoir du souffle, du cœur, du courage. La maison de couture vendue, Yves éteint, Pierre Bergé n’a rien voulu retrancher d’une collection qui n’avait «plus de sens pour lui».


Il ferme une vie.







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Samedi 21 février 2009 6 21 /02 /2009 07:57
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  • : André
  • UNE VIE
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  • : 01/01/2008
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  • : Je considère que l'on ne s'enrichit que dans nos différences. L'injustice est le mot que je hais. L'amour est le terme que je préfère. Pour le reste, c'est ma vie...

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