Ne serait-ce pas la cause de ce qu'il y a de pathétique dans la croisade de Barack Obama ? Il souhaite que les Noirs accèdent enfin au rêve américain à un moment où la face négative de ce rêve est de plus en plus manifeste. Dans le même mouvement, il tente de sauver la démocratie américaine en la convertissant à des valeurs aristocratiques, comme le sens de la mesure et de la proportion. Point d'Amérique verte en effet sans la pratique de ces vertus.

Ce défi impossible, l’a-t-il à l'esprit quand il dit à ses compatriotes qu'il leur faudra autant de temps pour sortir de cette crise qu'il en a fallu pour la préparer et la rendre inévitable ?
La mesure du succès c'est de gagner sans mesure. Telle était, telle est toujours la règle aux États-Unis et dans les pays capitalistes de même esprit. En limitant à 500 000 $ le salaire des dirigeants des banques soutenues par l'État, le président Obama n'a pas modifié cette règle, il a seulement précisé que seul le succès peut-être récompensé sans mesure et que, en cas d'échec, il faut revenir à la mesure. C'est là une décision sage, certes, mais à demi seulement car elle légitime à l'avance les excès futurs, en donnant à entendre que ce n'est pas la démesure en elle-même qui est mauvaise, mais la récompense de l'échec résultant de la mesure.

Or, c'est la démesure en elle-même qui est mauvaise. En quoi consiste-t-elle? À ne pas respecter la mesure, la proportion, lesquelles désignent une même idée fondamentale qui relie le beau au bien, l'esthétique à l'éthique et hors de laquelle il n'y a de salut, ni pour la terre, ni pour les hommes sur la terre Ramener les banquiers à la mesure est un acte étroitement apparenté à celui qui consiste à limiter l'émission de gaz à effet de serre ou à faire un usage approprié de l'eau.

Dans tous ces cas, nous nous conformons à un enseignement que la nature nous dispense de mille façons. Quand nous mangeons trop, quand par gloutonnerie nous dépassons les besoins de notre corps, nous nous exposons à la maladie, à la Némésis, nom que les Grecs donnaient à la sanction qui résulte inévitablement de la démesure. Autre variante de la même idée: quand les animaux se reproduisent trop sur un territoire, ils n'ont bientôt plus assez de nourriture, ils deviennent des proies faciles pour leurs prédateurs et leur population régresse. Observons maintenant les nids: ils sont admirablement proportionnés à la taille de l'oiseau.

Sur l'eau, le cygne est le plus bel oiseau qui soit. Hors de l'eau, il est pataud, ridicule, laid... et agressif. Il n'est plus dans son élément. "Chaque chose est éternelle à sa place", dirait Goethe. Autre exemple de démesure qui nous permet d'opérer un premier rapprochement entre l'éthique et l'esthétique.
Observons maintenant les édifices où travaillent les banquiers new-yorkais. Comptons ensuite les décibels de la musique qu'on entend dans les bars de cette même ville, puis pesons les déchets qu'elle déverse dans le paysage chaque jour. Toutes les démesures se tiennent et s'inspirent les unes des autres. Toutes les formes de mesure et de proportion se tiennent aussi. D'où le lien entre la limite des salaires des banquiers et le salut de la planète.

Réfléchissons maintenant aux conceptions de l'homme qui accompagnent la mesure et la démesure. Du côté de la mesure, Platon nous invite à harmoniser les trois parties de notre âme : l'intelligence, l'affectivité, le désir, qui correspondent aux trois parties du corps : la tête, le coeur et le ventre. Cette harmonie n'est possible que si l'intelligence, elle-même enracinée dans le logos, règne sur les parties inférieures et leur impose sa loi qui est celle de la limite, de la mesure, de la proportion. Le mot logos désigne à la fois l'ordre du monde et la proportion.

Du côté de la démesure, vous trouverez le choix individuel, que ne limitent ni la nature, ni le logos. Il est aux ordres du désir, illimité. Le même Platon associe l'harmonie à l'âme et à la société aristocratique, comme il associe le désir à l'âme démocratique et à la société du même nom.

Ne serait-ce pas la cause de ce qu'il y a de pathétique dans la croisade de Barack Obama ?
Il souhaite que les Noirs accèdent enfin au rêve américain à un moment où la face négative de ce rêve est de plus en plus manifeste.

Dans le même mouvement, il tente de sauver la démocratie américaine en la convertissant à des valeurs aristocratiques, comme le sens de la mesure et de la proportion. Point d'Amérique verte en effet sans la pratique de ces vertus.

Ce défi impossible, l’a-t-il à l'esprit quand il dit à ses compatriotes qu'il leur faudra autant de temps pour sortir de cette crise qu'il en a fallu pour la préparer et la rendre inévitable ?

Car nous comprenons tous qu'une sortie de crise classique, c'est-à-dire suivie d'un retour à la croissance d'hier, ne sera qu'une fausse sortie qui rendra encore plus pathétique le prochain contact avec la limite.












 


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Vendredi 26 juin 2009 5 26 /06 /Juin /2009 09:29
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