Qui se souvient du temps où les femmes étaient charmantes? Quand, dans les allées du supermarché, elles
avançaient de leur démarche dansante, balançant à bout de bras un cabas en osier. C’est peu dire qu’elles étaient attendrissantes quand on les voyait se mordre la lèvre inférieure et parcourir du
regard les rayonnages à la recherche de ce qui pourrait faire plaisir à leur époux ou leurs enfants.
De l’Aqua Velva, du chocolat, une paire de chaussettes en fil d’Ecosse, un album à colorier, de la crème pour la purée, tout ce qu’elles touchaient témoignait de leur abnégation. Elles
ne se négligeaient pas, ce n’est pas ça, mais elles passaient après. Elles étaient propres et jolies et s’en satisfaisaient. Kurt aussi. Il aimait les frôler et sentir les effluves d’Eau de Cologne
dans leur chignon serré.
Elles raffolaient des soldes. Quand, penchées sur les bacs dans
lesquels s’entassaient en vrac polos et chemisettes, à la recherche de la taille idoine pour l’aîné ou le plus petit, elles le laissaient admirer à loisir, sous la popeline tendue de leur chasuble,
la courbe de leurs fesses charnues.
Et comment, après un rapide coup d’œil à la ronde, quand elles ne se croyaient pas observées, elles remontaient avec grâce leurs bas sur leurs cuisses marbrées, derrière les empilements de
bouteilles de soda colorés.
Où est le temps où il pouvait, invisible au cœur de la foule des jours d’affluence, glisser à l’occasion, sans
crainte du scandale, une main curieuse sous la dentelle de leur combinaison et effleurer le coton de leurs dessous.
Elles s’éloignaient, à petits pas pressés, rajustant sur leurs hanches leur jupe en tweed moucheté. Comme il leur allait bien, ce rose dont leurs joues s’empourpraient !
Si, à la caisse, il se tenait plus près que nécessaire, à sentir contre lui les coutures des gaines, à mi-voix, elles murmuraient des paroles gênées et faisaient un simple pas de côté, sans hauts
cris, sans vulgarité.
Il faut croire qu’elles ont bien mal élevé leurs filles, à voir la façon dégoûtante
qu’ont les jeunettes de se pencher sur les bacs à surgelés. Leurs culottes minuscules, à peine plus qu’une lanière de tissu, qui dévoilent leur indécente anatomie. Et s’il n’y avait que cela ! Il y
a toutes celles qui ne portent rien du tout sous leurs pantalons ajustés.Plus une qui ne se
gaine les jambes de soie, plus personne derrière les palettes de sodas.
Depuis que ces petites "malines" se promènent quasiment cuisses nues, derrière les empilements de Coca.
Elles ont le verbe haut, le cheveu dénoué, et savent, comme pas une, jouer les
pucelles effarouchées si, d’aventure, une main se hasarde à tâter ce qu’en toute indécence elles exposent à la vue.
Comme cette blonde trop maquillée qui lui a asséné un chapelet d’insanités alors qu’il l’avait à peine pelotée.
Parfois, une tête blanche, à la permanente empesée, apparaît au détour d’un rayon.
De sa jupe en Prince de Galles dépasse, à mi-mollets, un galon de dentelle. Sous le chemisier mauve tendu sur des seins fatigués se dessinent les armatures d’un soutien-gorge de maintien, ou les
baleines d’un corset.
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Qui se souvient du temps où les femmes étaient charmantes? Quand, dans les allées ...
Je considère que l'on ne s'enrichit que dans nos différences. L'injustice est le mot que je hais. L'amour est le terme que je préfère. Pour le reste, c'est ma vie...
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