Partager l'article ! Ajami, un grand thriller judéo-arabe: A cinq minutes de la rutilante Tel-Aviv, en Israël, le charme arabisant du vi ...
A cinq minutes de la rutilante Tel-Aviv, en Israël, le charme arabisant du vieux port de Jaffa fait l’unanimité. Juste à côté, le quartier populaire d’Ajami est moins connu, plus redouté. Juifs, musulmans et chrétiens y vivent sans se reconnaître ni se voir. Crime, drogue et pauvreté y sont monnaie courante.
Scandar Copti, coauteur d’Ajami, y a grandi. "Ce film est plus que personnel. Je suis issu d’une famille arabe chrétienne implantée là depuis des générations. Sur les
boiseries des églises locales, on trouve le nom de mon grand-père, qui était charpentier." Pour son complice Yaron Shani, c’est une autre histoire: "Je viens du nord d’Israël où j’ai
grandi en vase clos. En tant que Juif descendant de pionniers, j’ai grandi sans opportunité de connaître les Arabes et leur réalité, sauf à la télévision. Cela a aiguisé ma curiosité envers cette
présence invisible et pourtant évidente."
Si les réalisateurs d’Ajami insistent sur leurs origines socioculturelles en interview, ce n’est évidemment pas un hasard. Peinture édifiante du melting-pot tendu d’Israël, leur film jongle avec quatre récits a priori sans rapport… mais voués à la confrontation. Dans un hébreu parfait, Scandar explique: "Ma langue maternelle, l’arabe, est celle des employés qu’on ne remarque pas. Les gens n’aiment pas entendre une langue qui leur rappelle le conflit." Dans leur film, les deux langues sont à égalité. Yaron: "L’Autre! C’est tellement plus commode de l’ignorer. Comme la plupart des Juifs, je n’ai pas appris l’arabe. A l’école, on prenait tous anglais ou français…"
Avant de se rencontrer, les deux cinéastes avaient réalisé chacun un court-métrage. Disphoria pour Yaron. The Truth pour Scandar. Les deux films eurent en commun d’être salués pour leur courage politique, pointant chacun à sa façon les limites d’une société schizophrène. En 2002, alors qu’Israël se déchirait à propos des massacres de Jénine, niés par les autorités, ils décident de faire cause commune pour écrire et réaliser un film réaliste "axé sur différentes perspectives qui finissent par entrer en collision" dit Scandar. "Le genre de film que j’ai toujours voulu faire, poursuit Yaron, mais pour lequel il me fallait un partenaire venu de l’intérieur."
Le choix de camper l’action à Ajami en y faisant jouer des non-professionnels – dont Scandar et un de ses cousins – s’impose rapidement. "Avec des gens du cru, disent-ils, on en est arrivé à confondre fiction et réalité, à capter des émotions très fortes." A propos de l’évolution de ce quartier, dont 35% des habitants sont arabes à ce jour, Scandar est intarissable. "Quand j’étais petit, Ajami ressemblait à une zone de guerre. C’était le refuge des junkies, les maisons étaient délabrées, nos familles n’obtenant jamais de permis pour les rénover." Jusqu’aux années 1980 et 1990, le quartier reste très déshérité. "Seuls les immigrants pauvres, principalement les Bulgares, s’y installaient. Après 2000, c’est devenu plus propre, plus bourgeois. On y a construit de belles maisons que seuls des riches peuvent payer. La plupart des gens d’ici n’ont pas ces moyens. Pour rester, ma famille, comme tant d’autres, a fait diviser la maison en plusieurs logements."
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