Partager l'article ! La « mode du sex-pic » sur le Web: Pourquoi on envoie-t’on des photos de nous à poil ? Il n’y a pas que les ado ...
Pourquoi on envoie-t’on des photos de nous à poil ?
Il n’y a pas que les ados et les femmes qui pratiquent le « sexting », et ce n’est pas A CAUSE d’Internet et des films pornos que cela se développe.
Il y a trois ans, les médias horrifiés découvraient la pratique du « sexting » qui consiste à envoyer à son partenaire de jeu sexuel des images de soi érotiques voire carrément pornographiques. Mais le phénomène n’était traité que sous un seul angle : celui des jeunes et des turpitudes de leurs mœurs sexuelles.
C’était le signe indubitable que nos adolescents avaient été pervertis par le porno et l’Internet. On a eu droit à nombre de papiers sur la perte de la notion d’intimité. Non seulement « ces petits cochons » se vautraient dans le stupre mais en prime, ils ne se rendaient pas compte du danger
qui les menaçait – les photos atterrissant en deux clics sur des sites pornos.
Le sexting est-il vraiment le propre de l’ado ?
Non à priori. Pour s’en convaincre, il suffit d’aller sur les sites dédiés à ces photos et constater que « Sophie », la mère de « Béatrice », s’y trouve également dans des postures dignes d’une
production porno d’Europe de l’Est. Autre indice : le nombre de stars qui ont vu leurs photos à poil fuiter sur le web. Evidemment, en France, on se souvient tous du Laure-Manaudou-Gate.
Mais aux Etats-Unis, elles sont encore plus nombreuses,
de Rihanna à plus récemment Scarlett Johansson.
L’occasion de découvrir que sur ce point,
les stars sont comme nous. Elles font de mauvaises photos avec leur téléphone portable dans leur salle de bains.
Si les jeunes filles en fleurs envoient des photos seins à l’air (et il ne fait aucun doute que la Albertine de Proust aurait été la première à se plonger dans ce vice si elle avait pu) pour autant, le phénomène n’est pas circonscrit à une classe d’âge.
Il ne faut donc pas l’expliquer sous l’angle d’une sexualité naissante qui se cherche encore. On peut avoir dix ans de pratique du sexe et jouer au sexting. Parce qu’il s’agit avant tout d’un jeu érotique, un peu à la manière du strip-tease, un moyen de faire monter la tension sexuelle, de se rendre désirable.
Le sexting est-il le propre de la femme ?
Signe de l’évolution
des mœurs, de plus en plus de garçons pratiquent le sexting, exhibant fièrement leur sexe turgescent devant l’écran du téléphone portable. Là encore, il suffit de voir les photos de Kanye West.
En juin dernier, c’était carrément Anthony Weiner (47 ans), espoir du parti démocrate américain et membre du Congrès qui, à la suite d'une mégarde, postait en public sur Twitter une sexpic de son pénis au lieu de l’envoyer en privé à une étudiante qu’il draguait. Ou quand le sexting croisé avec la twitpic brise une carrière.
Le sexting n’est donc ni l’apanage des ados, ni celui des femmes. Et sa démocratisation est assez signifiante. Le fait qu’il soit pratiqué par des hommes dans le cadre de relation hétérosexuelle est le dernier signe d’une érotisation du corps masculin. La vue du pénis est perçue comme objet de désir, apte à exciter celle qui reçoit la photo.
Le fait que
le sexting devienne mixte vient aussi sans doute d’une volonté de réciprocité. Quand un homme demande à une femme une photo d’elle nue, elle acceptera plus facilement à condition d’obtenir
l’équivalent, ce qui a l’immense avantage d’offrir une sécurité. "Tu as un dossier sur moi mais n’oublie pas que j’ai le même…" Le sexting est toujours expliqué par la corrélation entre deux causes: l’industrie pornographique et l’accès à Internet. Il
serait donc circonscrit à l’époque moderne.
A l’annonce de
la mort d’Elizabeth Taylor, on a découvert une photo d’elle nue. Pas une photo prise par nécessité économique, comme celles de Marilyn Monroe. En 1956, Elizabeth
Taylor a 24 ans, et déjà deux mariages et deux enfants. Elle s’apprête à divorcer de Michael Wilding pour épouser Michael Todd. Elle va alors poser chez un ami photographe pour offrir
cette photo d’elle, nue, à son nouvel amant - qui mourra 13 mois plus tard dans un accident d’avion.
Malgré un décor légèrement plus classe, sur le principe, Elisabeth Taylor avait donc fait du sexting. Or Elisabeth Taylor n’était pas une mineure inondée de films pornos à cause du dangereux monstre de l’Internet.
Mais on peut remonter bien plus loin pour démontrer que l’idée selon laquelle le sexting serait un signe de la sur-sexualisation de notre société dégénérée est historiquement fausse. En réalité, on retrouve cette pratique tout au long de l’histoire de l’art.
Nombre de tableaux ne sont que du sexting qui ne dit pas encore son nom. Les hommes riches commandaient à des peintres des tableaux de leurs maîtresses nues. Ainsi de la Maja nue peinte par Goya, qui représente la maîtresse du commanditaire du tableau. (Tableau en deux volets, puisqu’il existe une maja vêtue et une maja nue, l’une ayant servi à masquer l’autre par un système de poulies qui renforçait l’effet érotique du dévoilement du corps).
La Maja vêtue puis nue, Musée du Prado
Louis Ulbach a même écrit une nouvelle sur le sujet en 1886. Un mari accroche dans son salon un tableau de sa maîtresse mais qui peut passer pour une Madeleine au désert. Sa femme est ravie par cette inspiration pieuse jusqu’au jour où elle découvre le pot aux roses et fait remplacer le tableau par celui d’un jeune homme nu qu’elle présente comme un Saint Jean-Baptiste. Pour Ulbach, il s’agissait déjà de dénoncer les mœurs dissolues de son époque et la perte de la notion d’intimité.
Le
sexting va donc du portrait nue de Madame de Maintenon peint par son amant supposé Louis de Mornay (par la suite, devenue une fervente chrétienne, elle
tenta de faire disparaître le tableau avant son mariage secret avec Louis XIV.
Comme quoi se
débarrasser de ses sexpics n’est pas une problématique moderne)... aux photos à poils de Simone de Beauvoir prises par son amant Nelson Algren, qui se retrouve en une du « Nouvel
Obs » (comme quoi il n'y a pas que sur les sites pornos qu'on retrouve des sexpics) : ... pour arriver à celles de Blake Lively !
Ce qui est nouveau donc, ce n’est pas d’accepter de filer des images de soi à poil. En réalité, ce qui a changé, c’est d’une part, avec les outils technologiques, la démocratisation du phénomène à toutes les couches sociales. De l’autre, que les hommes s’y soient également mis. Hommes et femmes, jeunes ou moins jeunes, la question n’est plus seulement d’offrir son corps mais sa représentation –comme le faisaient auparavant les maîtresses.
Là où l’épouse légitime offrait sa virginité, la maîtresse était investie du rôle érotique et jouait la catin.
Avec la démocratisation de la "sexpic", on devient tous les catins les uns des autres. Parce que les sexpics relèvent du jeu sexuel. Envoyer une photo de soi nu, c’est à la fois accorder un pouvoir à l’autre (pouvoir de divulgation des clichés) soit une des bases psychologiques de la sexualité. Et en même temps, promettre une folle partie de jambes en l’air : "je ne suis pas pudique, regarde jusqu’où je peux aller donc je suis super libéré, donc…tu vas kiffer".
Les codes du sexting.
On notera que les photos de sexting modernes dans leur mise en scène - salle de bains, miroir qui permet de montrer ses fesses et de photographier tout de même son visage (comme l’a bien compris aussi Blake Lively) - ressemblent à des réminiscences du thème pictural de la Toilette de Vénus.
Le sexting est-il collé à notre époque ?
Evidemment, je n’irai pas jusqu’à dire que Scarlett Johansson a tenté de rendre hommage à une scène picturale classique depuis sa salle de bain. Disons simplement que les problèmes de perspectives de l’image érotique n’ont finalement pas changé et que le moment de la toilette reste perçu comme un instant voluptueux.
Faites attention à la
lumière : éclairer les parties du corps qu'on souhaite mettre en valeur, et ne tomber pas dans le piège de la lumière trop tamisée, qui donnera un grain trouble (mais pas « troublant »)
à votre photo. N’utilisez jamais utiliser de flash, parce que « vous ne devriez jamais avoir l'air terrifiant(e) et nu (e) ».
Utilisez un miroir, « et si
vous n'avez pas de miroir chez vous, pourquoi est-ce que vous avez dépensé de l'argent sur un smartphone ? ». Réussir à prendre un portrait de soi « sexy » sans savoir à quoi on
ressemble est impossible. Rangez votre chambre apparente comme « bordélique » en arrière plan…
Ne prenez pas de pénis et/ou autre intimité corporelle en photo. C'est très dur de prendre une bonne photo amateur de pénis et autre intimité physique qui soit sexy et pas peu ragoutante ou hilarante. Le conseil le plus important : Avoir suffisamment de caractère et d’indépendance pour admettre que sur la toile, vos images peuvent se retrouvées n’importe où ! Même si vous n'êtes pas Sharon Stone ou Bradd Pitt, le risque de l'ex énervé(e)/jaloux (se) ou autre.
Derniers Commentaires