La partie qui s'est jouée à Copenhague sur le climat ressemble à s’y méprendre à un
classique dilemme du prisonnier : les États-nations auraient tout intérêt à coopérer pour éviter le pire, mais l’attrait de gains qu’ils croient pouvoir obtenir aux dépens des autres semble les
pousser inexorablement vers la plus mauvaise des solutions pour tous.
Au centre de ce jeu se trouvent les trois plus grands émetteurs de gaz à effet de serre (GES) : la Chine, les États-Unis et l’Union européenne (en 2007, ils
représentaient respectivement 21 %, 20 % et 14 % des émissions mondiales de GES, l’Inde et la Russie, les deux suivants, ne comptant que pour 4 % et 6 %).
Dans cette partie en triangle, un joueur aura l’avantage
d’abattre ses cartes en dernier : la Chine.
Cette position privilégiée découle de la responsabilité historique des pays développés dans
le changement climatique, 77 % des émissions cumulées depuis le 18e siècle leur étant imputables (la Chine est responsable d’environ 7 % de ce total, soit dix fois moins). Qui plus est, près de
la moitié de l’augmentation, de 2002 à 2007, de la part chinoise dans les émissions mondiales (de 14 % à 21 %) peut être attribuée aux exportations de biens manufacturés vers les pays développés
et non à des sources intérieures.
La séquence idéale de négociation de Copenhague est donc la suivante : les États-Unis et l’Union européenne donnent l’exemple de politiques ambitieuses pour ouvrir la
voie à un accord proche du consensus scientifique, fédèrent autour de cet accord les pays développés pour finalement convaincre la Chine et les pays émergents d’accepter un mode durable de
développement économique garanti par des cibles contraignantes de réduction de GES.
C’est ici que les États-Unis et l’Union européenne sont tentés de bluffer, ce qui revient dans le contexte écologique mondial à jouer, au sens propre, avec le feu.
Partenaires commerciaux majeurs l’un de l’autre également embourbés dans une récession vertigineuse, la tentation est grande pour eux d’interpréter à tort leur effort commun comme un jeu à somme
nulle et de tenter de pousser leur avantage l’un au détriment de l’autre. D’autant qu’ils ont chacun des arguments convaincants à faire valoir : l’UE peut se prévaloir de sa position de leader
mondial contre le changement climatique pour relâcher son effort et exiger des États-Unis au moins une mise à niveau avant toute concession supplémentaire ;
l’administration Obama peut se targuer de vouloir rompre avec l’aveuglement obscurantiste de l’administration Bush, et réclamer la mansuétude européenne dans un contexte politique intérieur
fragilisé par les affrontements partisans et la multiplicité des chantiers engagés.
Cette configuration géopolitique se traduit par un grand bluff dont
les conséquences pourraient s’avérer tout simplement catastrophiques. Avec le « paquet climaténergie », l’Union européenne a conclu un accord passoire, très en retrait par rapport à ses ambitions
du printemps 2007 et dont l’efficacité écologique paraît douteuse. L’administration Obama s’emploie de son côté à donner des gages idéologiques aux Républicains et des assurances économiques aux
Démocrates qui, mis ensemble, rendent
irréaliste, voire virtuelle, la stratégie américaine de développement durable.
Or, il faudra plus que des transferts substantiels, financiers et technologiques pour convaincre la Chine de jouer le jeu de Copenhague : l’élément essentiel qui la
fera basculer dans un développement durable profitable à toute la planète est la crédibilité des engagements américains et européens.
À ce stade, cette crédibilité fait défaut.
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Dimanche 13 décembre 2009
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