Partager l'article ! Les amours si fragiles…: Le mythe de l’âme sœur ou la survie de l’espèce. Romantique ou opportuniste inconscient, manifes ...
Le mythe de l’âme sœur ou la survie de l’espèce.
Romantique ou opportuniste inconscient, manifestement le coup de foudre ne se résume pas franchement à un vulgaire coup du sort. Faites-vous votre idée avant de
succomber.
.
« La première lecture du coup de foudre se trouve chez Platon avec le mythe d’Aristophane. Quand un homme éprouve « le coup de foudre », c’est qu’il se croit enfin tombé sur sa « moitié » dont il a été originellement coupé depuis le châtiment par Zeus de l’orgueil humain.
Ainsi a-t-il le sentiment troublant de retrouver son intégrité, sa complétude. C’est cette histoire qui introduira dans l’imaginaire occidental l’idée d’âme sœur et la nostalgie inguérissable qui l’accompagne.
Ainsi l’écrivain Michel Houellebecq ira-t-il
jusqu’à écrire que « le Banquet » est ce livre, maudit entre tous, qui a littéralement intoxiqué l’humanité. On trouve toutefois chez Schopenhauer, une version nettement plus prosaïque du « coup
de foudre » A ses yeux, la soudaineté de cette fixation sur un seul être, son caractère incroyablement résolu, montrent qu’il y va d’un intérêt supérieur de l’espèce. En un instant, selon le
maître à désespérer allemand, un calcul de milliards de possibilités de naissances à venir se produit, et le « coup de foudre » est la reconnaissance immédiate du meilleur choix à opérer pour la
perpétuation de la race humaine. Une théorie peu glamour à souhait mais qui n’est pas sans effets comiques en tout cas ! ».
L’amour libre ou le mythe des « amants du Flore »
Le modèle libertaire (un couple, uni, mais libre de donner libre cours à ses désirs) semble aux premiers abords idéal. Mais est-il vraiment
viable ?
Viable, il l’a été… Simone de Beauvoir a un jour écrit qu’en quarante ans, pas un soir elle ne s’était endormie brouillée avec Sartre. C’est peu de dire cependant qu’ils eurent bien des orages.
On peut même soutenir que le « mythe des amants du Flore », celui d’une jalousie domptée et d’une transparence totale, ce « modèle » libertaire qui a marqué toute une génération, est dans une
large mesure une invention de Beauvoir dans ses Mémoires.
Au contraire, tout porte à croire que celle-ci connut des périodes d’intense souffrance. Et l’on sait aussi que les « satellites » du couple, à commencer par
Nelson Algren, l’amant américain de Beauvoir, vécurent très difficilement la situation.
De là à y voir, un « couple révolutionnaire bidon », il y a un pas qu’il est imprudent de franchir.
« Il y aura ça dans ma vie que j’aurai aimé une personne de toutes mes forces, sans passionnel et sans merveilleux, mais du dedans » écrivit Sartre au sujet de son Castor (Petit nom donné par Sartre à Simone de Beauvoir). N’est-ce pas envers et malgré tout de l’amour ?
La « rupture amoureuse » : la mise à distance ou l’art de transformer sa peine ?
Comment faire son deuil d’une relation manquée ? « Rien ne se perd, tout se transforme »… Le fameux principe de
Lavoisier (physicien) en serait-il la clef ?
L’immensité du chagrin amoureux est profondément énigmatique. Cela ne peut d’une certaine façon s’expliquer que si l’on recourt à la théorie de Platon selon laquelle ce qui a été vécu pendant un
jour, une semaine ou dix ans avait pour point de mire un sentiment de l’éternité. Du coup, quand on perd l’être aimé, on ne tombe pas de haut, tout est perdu. On perd plus que la vie, on perd la
raison de vivre. Face à cela, la philosophie est-elle d’une quelconque aide ? « Vide est le discours du philosophe s’il ne contribue pas à guérir la maladie de l’âme », dit une sentence
épicurienne.
Et il est vrai que la mise à distance des émotions que permet la philosophie aide toujours à les vivre. Il est très consolant par ailleurs de se rendre compte qu’un
philosophe du 1er siècle avant JC pouvait vivre la blessure amoureuse exactement dans les mêmes termes que chacun de nous aujourd’hui. On peut par ailleurs méditer l’exemple de ceux qui, comme
Nietzsche, ont réussi à sublimer un échec. Ainsi le philosophe allemand écrira-t-il son « Zarathoustra » après avoir été rejeté par Lou Andréas Salomé.
Peut-on trop aimer, se brûler de vouloir posséder ? Gare au poison de la passion.
Le poète philosophe Lucrèce a décrit de façon très précise la cruauté de cet état. Quand un marcheur épuisé trouve un lit où s’allonger, il est apaisé. Un affamé peut lui
aussi être rassasié. Tel n’est pas le cas avec l’amour digne à cet égard des plus horribles supplices mythologiques, comme celui de Tantale. Quand un amant « possède » sa maîtresse, l’inquiétude
de fond qui le taraude n’est en rien soulagée. Tout au contraire l’intimité sexuelle et affective resserre les nœuds qui le tiennent. « C’est bien le seul cas où plus nous possédons, plus nous
brûlons de posséder » écrit Lucrèce
Ce genre de descriptions effarées de la
toxicité potentielle de l’amour, on en trouve autant chez les philosophes que chez les écrivains. D’ailleurs certains d’entre eux, Rousseau par exemple avec « la Nouvelle Héloïse », furent de
grands romanciers de la passion mortifère. « L’amour me donne comme une fenêtre sur la mort », écrivait lui aussi Bataille.
Se donner à un autre sans se déprendre de soi-même n’est pas chose facile.
L’amour est une maladie de l’âme ou la peur d’aimer
Maladie de l’âme, poison pour la pensée, troubles irraisonnées, la peur d’aimer n’a pas épargnée certains philosophes…
C’est vrai qu’il y a chez les philosophes de nombreux démystificateurs de l’amour. Ceux-ci le décrivent comme un ensorcellement atroce qui ne peut mener qu’au désastre, et doit donc être
impérativement être éradiqué. Ceux-ci l’envisagent comme le meilleur moyen de rater l’ataraxie, cet état de sérénité préconisée par toutes les sagesses antiques.
Mais il y a aussi un tout autre courant. Il y a les enchanteurs de l’amour, ceux qui, de Platon à Rousseau, exaltent ce sentiment comme une magie blanche, en font un accès à l’éternité ou une force civilisatrice. Ceci dit, c’est vrai, même ces défenseurs, abordent le sujet avec une certaine appréhension. L’effraction de l’amour, c’est avant tout une émotion déstabilisante, et sans doute l’est-elle davantage encore pour ces esprits radicaux et soucieux d’autonomie que sont les philosophes.
C’est ce qui explique peut-être que Kant mènera une vie solitaire de prêtre laïque ou que Kierkegaard rompra ses fiançailles avec la jeune
fille qu’il aimera pourtant toute sa vie. Ceux-là ont fait le choix de l’œuvre plutôt que celui de l’enfantement. Ainsi, tous, à leur manière, ont souligné le danger inhérent à l’amour. « Je me
sens comme un homme qu’une vipère aurait mordu », se plaignait déjà le bel Alcibiade dans « le Banquet » de Platon. Sans doute est-ce pourquoi Nietzsche concluait que l’amour est bel et bien une
guerre, et qu’il faut être solidement planté sur ses deux jambes pour se lancer dans ce combat. Se donner à un autre sans se déprendre de soi-même n’est pas chose facile.
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