En politique, les pires
ennemis ne se trouvent pas toujours là où l'on croit. Certains combattent côte à côte, dans la même famille, tout en se détestant viscéralement. Chirac-VGE, Rocard-Mitterrand, Fabius-Jospin,
Juppé-Séguin, Royal-Aubry, Sarkozy-Villepin... Comment en sont-ils arrivés là ? De trahisons en coups bas, retour sur
ces duels où tous les coups sont souvent permis.
L'histoire commençait
pourtant bien. En "lâchant" Jacques Chaban-Delmas en 1974, Jacques Chirac, déjà "bulldozer" de la droite selon les mots de Pompidou, avait permis l'élection de VGE à l'Elysée. C'est donc en toute
logique qu'il est nommé Premier ministre la même année. Mais très vite, des désaccords apparaissent : sur fond de crise
économique, Chirac est persuadé que VGE n'est pas compétent. Quand Giscard prône la modernisation, il s'érige en gardien du gaullisme et finit par claquer la porte en 1976. Dès lors,
le duel Chirac-VGE ne cessera de défrayer la chronique. En 1981, Chirac se présente contre le chef de l'Etat sortant et au second tour, ne donne pas de consigne de vote. VGE racontera dans ses
mémoires avoir téléphoné au QG de campagne chiraquien incognito et avoir entendu : "Il ne faut pas voter Giscard. Il faut voter
Mitterrand". La limite est franchie. Même retraités, les deux anciens chefs d'Etat, qui siègent côte à côte au Conseil constitutionnel, s'envoient encore aujourd'hui des amabilités par
médias interposés.
Elles ont été ministres
dans le même gouvernement. Mais l'une est la gardienne de l'héritage socialiste quand l'autre veut incarner le renouveau, loin de l'appareil. Les frustrations sont nombreuses entre Martine Aubry
et Ségolène Royal. Pour Aubry, comment accepter le violent rejet par la candidate socialiste des 35 heures, mises au
placard en pleine campagne de 2007 ? Comment tolérer que celle qui a prôné la symbolique du drapeau et l'encadrement militaire des délinquants prennent le parti, moins de
deux ans après une présidentielle ratée ?
Et pour Ségolène Royal, comment supporter cette coalition formée par Aubry pour lui "voler" la direction du PS en
2008 ? Comment pardonner à celles et à ceux qui seraient allés jusqu'à la fraude pour lui barrer la route ? Pendant 12 mois, le duel a fasciné les médias qui n'ont pas
manqué de rapporter avec minutie chaque coup, frontal ou plus tortueux. Ségolène Royal vient d'ailleurs de refuser de réintégrer la direction du PS alors qu'Aubry appelait une union sacrée des
"éléphants". Le dernier épisode en date d'un feuilleton qui risque de durer.
L'histoire de Xavier
Bertrand et de Jean-François Copé, c'est l'histoire du "chouchou" et du "cancre". Excellent élève, le premier se pose déjà en héritier du sarkozysme quand l'autre, allègrement critiqué par le
clan adverse voire par le Président lui même, préfère tracer sa propre route via un "hyper-parlement". Mais tous les deux veulent la
même chose : se faire élire en 2017 à l'Elysée. D'interviews en meetings, de déjeuners en réunions à l'UMP, les "piques" n'ont jamais manqué entre les deux hommes.
Mais la tension se fait plus lourde depuis que Xavier Bertrand a été nommé à la tête de l'UMP et a fait son retour à l'Assemblée. Un retour que d'aucuns qualifient de "mise sous tutelle" des
députés UMP, dirigés par un Jean-François Copé qui "ne sait pas tenir son groupe". Travail dominical, suppression de la publicité sur France Télévisions, loi Hadopi, réforme territoriale...
Les frondes successives desdits députés n'auront pas aidé à apaiser les tensions. Et elles n'ont pas fini d'agacer Xavier
Bertrand et Nicolas Sarkozy.
À deux ans de la
présidentielle, Alain Juppé et Philippe Séguin, tous deux membres de la garde rapprochée de Jacques Chirac, se disputent le leadership au RPR. Un pôle européen et libéral (Juppé-Balladur) se
développe alors face à un autre, gaulliste et souverainiste (Pasqua-Séguin). Après le clash de Maastricht en 1992, Philippe Séguin
hérite du "perchoir" et Alain Juppé devient ministre des Affaires étrangères. Le calme revient... Jusqu'en 1995.
Inventeur de la "fracture sociale" avec Henri Guaino, Philippe Séguin attend alors une récompense de Jacques Chirac qu'il a aidé dans la conquête de l'Elysée. Las. C'est Alain Juppé qui sera
nommé Premier ministre. La hache de guerre est déterrée. Après les législatives de 1997, Séguin prend la tête du RPR, au nez et à la
barbe des chiraquiens. Mais bloqué dans sa rénovation du parti, il doit quitter ses fonctions. La mise à mort politique aura lieu à Paris, en 2001. Séguin, légitime mais esseulé, sera
plombé par la dissidence de Tibéri et le silence de l'Elysée. Delanoë gagne les municipales. Philippe Séguin se retire de la vie politique.
Comment, en plein boom
de l'écologie, faire entendre la voix des Verts ? Alliances, indépendance, recherche du consensus, radicalité ? Depuis des années, Dominique Voynet et Noël Mamère se déchirent sur ces
questions. Summum de cette querelle : la présidentielle de 2002. L'ancienne ministre de l'Environnement promet alors son soutien à son allié éphémère à la tête du parti. Mais peu convaincue par cet ancien journaliste
télé qu'elle considère comme un "saltimbanque de la politique", elle lance finalement Alain Lipietz.
Les divisions plomberont tant la campagne qu'elles provoqueront un retour rocambolesque de Noël Mamère dans la course. Voynet, cofondatrice des Verts en 1984 et victorieuse d'Antoine Waechter en
1993, tombe alors sur un os. D'autant plus que Mamère dépasse cette en 2002 les 5 %. De quoi rendre verte de jalousie sa rivale (moins de 4 % en 1995 et en 2007). Aujourd'hui, Mamère est un des piliers du pôle Europe Ecologie alors que Voynet, devenue maire de Montreuil, semble plus en retrait du
mouvement initié par Daniel Cohn-Bendit.
Après la victoire
"bleu horizon" des législatives de 1993, les rôles semblaient pourtant clairs à droite. A Edouard Balladur le poste de Premier ministre pour la deuxième cohabitation de l'ère Mitterrand. A
Jacques Chirac le RPR et la préparation de la présidentielle de 1995. Mais les sondages bousculeront l'accord entre les deux hommes. Le 18 janvier, fort du soutien de l'opinion et du clan Pasqua (dont Nicolas Sarkozy), Edouard Balladur se déclare candidat. Le pacte
est violé. Jacques Chirac est trahi, comme Valery Giscard d'Estaing en 1981.
La rupture entre ces deux "bébés Pompidou" est consommée, la campagne sera rude et les "boules puantes" omniprésentes. Eliminé le 23 avril 1995 avec 18 % des suffrages au premier tour,
Balladur empêche ses partisans de huer la qualification de Chirac ("Je vous demande de vous arrêter !") et appelle finalement à voter pour son rival. Mais la haine restera tenace. Outre les
"petites phrases" toujours échangées par les intéressés, 1995 sera aussi le point de départ d'une division tenace de la
droite. Division dont les plaies sont encore loin d'être refermées aujourd'hui.
Depuis la piteuse
présidentielle de 2002, Robert Hue semblait tombé dans l'oubli. Mais en novembre 2008, surprise : reprochant à la direction de maintenir son cap en dépit des revers électoraux, il quitte le
conseil national du PC et crée une association politique, le "Nouvel espace progressiste". L'épilogue, en réalité, d'une subtile mais longue querelle avec Marie-George Buffet. Les deux leaders communistes ne se parleraient plus depuis plusieurs années.
Quand il prend la tête du PC en 1994, Robert Hue veut imposer au parti une "Glasnost" à la française. Mais Marie-George Buffet, qui a toujours avoué son affection pour Georges Marchais, peine à
faire table rase du passé. Les deux rivaux soutiendront l'alliance avec le PS dans la "gauche plurielle" en 1997. Mais la création
d'une direction bicéphale en 2001, avec un président (Hue) et une Secrétaire générale (Buffet), ne fera que mettre en scène un peu plus leur rivalité. La rupture sera actée par la
défaite de 2002 et confirmée en 2007, quand Hue critiquera vertement le dogmatisme de la candidate Buffet.
Les querelles intestines
n'épargnent aucun parti. Jean-Marie Le Pen a pu en faire les frais à la fin des années 1990. Allié depuis 1986, Bruno Mégret sera tour à tour son directeur de campagne en 1988, son porte-parole,
puis son stratège en 1990. Il frôlera même l'élection au Parlement en 1993 et placera sa femme Catherine à la tête de Vitrolles de 1997 à 2002. Mais "L'irrésistible ascension de Bruno Mégret" (Libération) devient vite dangereuse pour Le Pen.
La crise éclate le 5 décembre 1998, à la Maison de la chimie à Paris. Lors d'un conseil national, Le Pen, qui dénonce les "comploteurs", est hué par ses propres troupes qui dénoncent une
purge chez les mégrétistes. Jean-Marie Le Pen sombre alors dans une colère noire et finit par exclure Bruno Mégret du FN. Il ne pardonnera jamais à son ex-numéro 2 cette tentative de putsch.
Le Mouvement national républicain créé par Mégret après son exclusion restera longtemps un caillou dans la chaussure du FN,
avant que Mégret se retire de la vie politique en 2007 et que les nombreux dissidents réintègrent le FN cette année.
La brouille entre
François Bayrou et Hervé Morin donne l'impression d'être centenaire. Elle remonte pourtant à peu. Morin avait jusqu'à présent suivi
François Bayrou dans tous ses combats. Il a été son porte-parole en 2002, l'a imité ensuite dans sa critique du gouvernement Villepin, dans sa volonté de changer le nom de l'UDF et surtout dans la stratégie "ni gauche, ni droite"
devenue le credo de l'élection de 2007. Président du groupe UDF à l'Assemblée, il sera même présenté comme un "intime". Jusqu'à la rupture de 2007.
Lâché tour à tour par Philippe Douste-Blazy, Gilles de Robien et André Santini, François Bayrou pensait pouvoir toujours compter sur son fidèle lieutenant. Il se trompait. Dans la stupeur générale, Hervé Morin rejoint Nicolas Sarkozy entre les deux tours de la présidentielle. Pire, alors que François Bayrou
crée le MoDem, l'ami de toujours lance un parti concurrent : le Nouveau Centre, allié de la majorité. L'histoire n'est depuis qu'invectives entre le premier, infatigable inquisiteur de
Nicolas Sarkozy, et le second, devenu son ministre de la Défense.
Pierre
Moscovici pardonnera-t-il un jour ? Ce fidèle de DSK pardonnera-t-il à ses amis, Jean-Christophe Cambadelis le premier, de l'avoir
lâché en rase campagne ? La scène se passe à La Rochelle, lors de l'Université d'été du PS, en août 2008. Pendant que Jean-Christophe Cambadelis, l'autre chef de file des
strausskahniens déjeune avec Martine Aubry et Laurent Fabius, Pierre Moscovici, lui, se trouve seul dans une brasserie voisine. Les uns sont en train de négocier le pacte des
"reconstructeurs" en vue du Congrès de Reims.
Moscovici, jusqu'ici bien décidé à représenter le courant de DSK à Reims, ne peut que constater le lâchage. Amer, il annoncera son soutien à la motion de Bertrand Delanoë quelques jours avant le
congrès désastreux pour le parti. Jusqu'ici les deux lieutenants de Dominique Strauss-Kahn avaient toujours marché main dans la main. Depuis, l'un est devenu le bras droit de Martine Aubry à la tête du PS. L'autre reste très critique vis à vis de cette direction qu'il a
rejoint sur le tard et n'écarte désormais aucune hypothèse pour 2012.
Le calme est revenu
aujourd'hui. On dit même que Nicolas Sarkozy aurait passé un pacte avec son prédécesseur : il "protège" l'ancien chef de l'Etat sur ses supposées "affaires" et celui-ci, en échange, se
refuse à commenter sa politique. Mais la situation aura été différente par le passé. Président du Comité de soutien des jeunes pour la présidentielle de 1981, véritable confident de Jacques Chirac tout au long des années 1980, au point d'être considéré comme un "fils", Nicolas Sarkozy a trahi.
C'était en 1995.
En 1995, quand les sondages portent le Premier ministre Edouard Balladur aux nues, Sarkozy choisit son camp. Il quitte le gouvernement et devient porte-parole du rival de Chirac lors de la
campagne. On connait la suite : disgrâce, traversée du désert, renaissance politique... Dans chacune de ces étapes Chirac et
Sarkozy ne cesseront, au mieux de s'ignorer, au pire de se parasiter. Lors de la campagne de 2007, Sarkozy prône la "rupture". Rupture avec le chiraquisme en réalité, rupture avec le
règne d'un "roi fainéant" et rupture, point par point, avec sa politique. Une "vieille politique" qu'il commente encore en privé selon les confidences de la presse en ne cessant de rejeter les
deux quinquennats de son prédécesseur aujourd'hui.
Sans doute une "icône" de
trop au gouvernement... Les premiers mois du quinquennat de Nicolas Sarkozy ont été marqués par une sérieuse rivalité entre Rama Yade et Rachida Dati. Le but selon les médias : être tout simplement "la préférée" du chef de l'Etat. Une banale histoire de jalousie qui aura alimenté les
journaux en phrases assassines pendant près d'un an. C'est un fait, les deux femmes ne s'apprécient guère et ne se sont jamais vraiment parlé.
Un premier contentieux a eu lieu dès 2007, lors de l'affaire de l'Arche de Zoé. Rama Yade aurait alors affirmé avoir prévenu Rachida Dati, qui aurait laissé l'opération illégale se
poursuivre. Puis il y a eu la course aux visites officielles à l'étranger où chacune aurait joué de ruse pour être du voyage avec
Nicolas Sarkozy. Rachida Dati a même défrayé la chronique en novembre dernier, pour une supposée colère avant le départ en Chine ("Si Rama vient, je n'y vais pas"). Des mesquineries
qui, ajoutées aux bourdes de l'une et au caractère frondeur de l'autre, finiront par faire tomber les sœurs ennemies.
Ces deux
quadras du PS ont un temps travaillé main dans la main. C'était le temps du Nouveau parti socialiste et du congrès de 2005. Vincent
Peillon et Arnaud Montebourg sont à l'époque les deux principaux animateurs du NPS, fondé en 2002 pour combattre le tournant social-libéral du parti. Principale avancée proposée par
ces trublions : l'instauration d'une VIe république plus démocratique.
Mais au congrès du Mans en 2005, ce mouvement prometteur vole en éclat. Après un pacte avec l'aile gauche du PS, Vincent Peillon (suivi par Benoît Hamon et Henri Emmanuelli) accepte une synthèse
du NPS avec la motion de François Hollande. Arnaud Montebourg, dépité, quitte le NPS. La scission est prononcée. L'animosité entre les deux hommes, renforcée par le référendum européen et la
présidentielle de 2007, devient insurmontable. Arnaud Montebourg et Vincent Peillon mènent aujourd'hui leur travail de rénovation
chacun de leur côté. L'un est devenu le chantre des primaires ouvertes et l'autre le plus avancé dans les discussions avec le MoDem pour une alliance anti-Sarkozy.
A l'UMP, l'année
2008 aura été l'année du duel Devedjian-Estrosi. L'un a hérité de la présidence du parti à défaut d'avoir obtenu un ministère. L'autre a dû oublier lui aussi le gouvernement après avoir remporté
les municipales à Nice. Une démission qu'il attribue à... Patrick Devedjian lui-même et à ses propos sur le cumul des mandats. De quoi
favoriser le choc de ces deux sarkozystes frustrés qui ne se lâcheront pas pendant des mois dans une course au leadership à l'UMP.
Après des municipales mitigées, le tout nouveau maire de Nice se lâche sur l'état du parti : "Aujourd'hui, cet orchestre a disparu, car il n'y a plus de chef d'orchestre !" La
faute à Patrick Devedjian qui "a commis beaucoup de maladresses". Devedjian réplique alors et propose à son concurrent de devenir délégué général. Refus cinglant de l'intéressé qui n'obtiendra
finalement qu'un poste de secrétaire général adjoint le 30 juin 2008, en
trio avec Devedjian et Bertrand. Aujourd'hui, les deux hommes ont enfin atteint leur but : le gouvernement et doivent collaborer à
la Relance et à l'Industrie. Résultat : leur querelle est mise entre parenthèse. Mais pour combien de temps ?
En 1999, Philippe de
Villiers, trublion vendéen de la droite traditionnelle, et Charles Pasqua, cacique du RPR, scellent une alliance inédite au sein du Rassemblement pour la France. Leurs listes eurosceptiques
surpassent alors celles du RPR aux européennes, leur assurant un bel avenir. Mais, surprise, l'alliance ne tient pas 12 mois. Loin
des divergences politiques, ce sont les finances du mouvement qui provoquent cette rupture. Dénonciations, intimidations... En avril 2000, des élections internes se déroulent dans
une ambiance "pestilentielle".
Après l'explosion du RPF et le retour de Villiers au MPF, Charles Pasqua a été mis en examen en 2001 pour financement illégal de campagne électorale. La liste des saillies entre les deux hommes
ne cesse depuis de s'allonger. Quand Villiers ironise sur un Pasqua, qui "se prend pour de Gaulle", Pasqua estime que "ce type,
Villiers, est fou". L'un dénonce une "secte" villiériste qui a rechigné à participer aux finances du mouvement, l'autre les dépenses "somptuaires et incontrôlées" qui ont provoqué un
déficit de 4 millions de francs. Les mauvais comptes font les pires ennemis.
Leur haine remonte
déjà à près de 15 ans. En 1994, Nicolas Sarkozy aurait reproché à Dominique de Villepin un contrôle fiscal de son père, alors
sénateur des Français de l'étranger. Villepin est à l'époque le directeur de cabinet d'Alain Juppé et l'homme de l'ombre de Jacques Chirac. Alors quand l'année suivante le maire de
Neuilly tourne le dos à Chirac pour soutenir Edouard Balladur, c'est tout le clan des chiraquiens, Dominique de Villepin en tête, qui déclare la guerre au "félon".
Après la victoire de 1995, Villepin, secrétaire général de l'Elysée, ne rêve que d'entendre un "pardon" du "traître". Nicolas Sarkozy, en pleine traversée du désert, n'attend lui que sa
"vengeance". Les deux personnalités, l'une flamboyante et cultivée, l'autre fougueuse, proche du peuple et des vedettes, sont
incompatibles. De la crise des banlieues au CPE, le deuxième mandat de Jacques Chirac aura donc le goût d'un second round, avec en ligne de mire l'élection de 2007. C'est dans ce contexte qu'éclatera l'affaire Clearstream. Nouvelle bataille à l'issue
encore incertaine.
Ils se sont lancés
ensemble en politique dans le sillage de François Mitterrand. Laurent Fabius et Lionel Jospin avaient tout pour devenir rivaux... et ils le sont devenus. Dès 1981, on oppose Jospin, l'homme fort du parti, et Fabius, le fidèle lieutenant du "patriarche". Si après l'élection de Mitterrand,
Jospin parvient à prendre le PS, Fabius fait son entrée au gouvernement, au Budget puis à Matignon. Lorsqu'il s'agit de désigner un leader pour les législatives de 1986, le combat sera encore
plus rude, mais se terminera par un match nul.
En 1988, Jospin empêche de nouveau celui qui est devenu son pire ennemi de prendre le PS. Le siège de Premier secrétaire revient à Pierre Mauroy. Fabius hérite lui de la présidence de
l'Assemblée. Le congrès de Rennes en 1990 sera délétère, mais ne pourra départager les deux rivaux. En 1992, alors que Jospin quitte le gouvernement, Fabius devient enfin Premier secrétaire, mais
perd les législatives de 1993 et doit laisser sa place à Michel Rocard. L'investiture de Jospin en 1995 et son entrée à Matignon en 1997 sonnent alors comme un coup de grâce. Si Fabius reprend espoir en 2002, c'est François Hollande qui lui barrera une dernière fois la route. A moins que...
La représentante de la
droite chrétienne face à la fondatrice de "Ni putes, ni soumises". Le duo promettait de faire des étincelles. Et dès juin 2007, alors
que Fadela Amara est depuis un mois la secrétaire d'Etat à la Ville de Chritine Boutin, ministre du Logement, le tonnerre gronde. "Elle m'a été imposée comme secrétaire d'Etat", ne se
cache pas la ministre confiant sa stupeur quand elle a appris la nouvelle. La collaboration s'avère vite difficile. Quand l'une "donne des orientations", l'autre, revêche, fait la sourde oreille
et "annule ses rendez-vous à la dernière minute".
Une semaine avant la présentation du plan banlieues en janvier 2008, le ton monte. Boutin critique les objectifs chiffrés de "sa" secrétaire d'Etat : "Je ne crois pas en un plan banlieue,
mais en une autre politique de la ville". Le plan est repoussé. Amara, nerveuse, répond qu'elle n'a pas "le temps de la querelle", mais
dénonce en "off" le manque de moyens et une ministre de tutelle qui lui savonne la planche. Boutin sera finalement écartée du gouvernement, autant à cause de ces tensions que de ses
ambitions ministérielles trop voyantes. Fadela Amara, elle, est restée.
Eux aussi ont eu leur
moment de Bonheur. Après l'alliance avec les Verts au second tour des municipales, Bertrand Delanoë intègre l'un des cadres de l'écologie à Paris, Denis Baupin, dans son équipe en
2001. L'adjoint aux transports devient vite un pilier de la mairie... mais aussi l'instigateur d'un vaste plan anti-voitures qui gène
politiquement Delanoë. Les premières crises apparaissent dès 2001. Baupin se transforme petit à petit en "bouc émissaire" très
commode pour absorber la grogne des automobilistes, sans éclabousser Delanoë.
En 2007, les tensions sont de plus en plus vives. Vantant le tramway ou le Velib' comme ses propres succès, Baupin est investi par son parti pour les municipales de 2008. Le vote du budget 2008
de la ville provoque alors une violente rupture. L'élu Vert conspue le maire. Le mot rupture est prononcé par Bertrand Delanoë lui-même : "C'est un ami, simplement je ne sais pas pourquoi il
me cible comme ça". "Denis" est devenu "Baupin" dans la bouche de Delanoë. La campagne sera violente. Après la victoire, le maire réélu
réintègrera son rival en tant qu'adjoint au développement durable ... mais est remplacé pour les transports.
Dès
2007, l'animosité était visible. Quand Rachida Dati, une proche de Cécilia
Sarkozy, s'invite dans le staff de campagne de Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux, "l'ami de 30 ans" du candidat, ronge son frein. Dans les premières semaines du quinquennat, il s'agace
même de cette rivale devenue star du gouvernement. Pendant des mois, la presse se régale des piques fusant entre la ministre de la
Justice et celui de l'Immigration. Mais la roue tourne. Quand sa "sœur" Cécilia s'en va, Rachida, en difficulté place Vendôme, ne tarde pas à tomber en disgrâce.
Les fidèles sarkozystes, qui n'ont jamais fait aucun cadeau aux icônes venues prendre leur place, retrouvent de leur superbe. A la fin de l'année, après une grossesse et un énième battage
médiatique, la garde des Sceaux saute définitivement. Elle aurait "déçu" Nicolas Sarkozy, elle s'exilera au Parlement de Strasbourg pendant qu'Hortefeux prendra le ministère de l'Intérieur tant
convoité. Hortefeux gagne la première bataille, mais la guerre dure. Lors de la polémique sur les propos tenus par le ministre cet été,
Rachida Dati aurait qualifié Hortefeux de "gros raciste".
Patrick Devedjian
a eu un temps un rival violent à l'UMP : Christian Estrosi. Mais ce n'est rien comparé à la haine qui le lie au clan Balkany dans les Hauts-de-Seine. Patrick, député-maire de Levallois-Perret et sa femme Isabelle, vice-présidente du Conseil général, n'ont jamais accepté que Devedjian hérite du
département dirigé jusqu'en 2007 par leur ami, Nicolas Sarkozy. Selon les confidences de la presse, pas une réunion n'aurait lieu sans que les deux clans s'écharpent sur l'avenir de ce
fief sarkozyste.
En juin 2008, les Balkany trouvent l'arme idéale contre l'indésirable Devedjian : Jean Sarkozy, le fils du chef de l'Etat lui-même, élu aux cantonales en mars, prend la tête des élus
UMP-Nouveau centre du département. Piqué au vif, Devedjian riposte le mois suivant. Dans une interview il se donne la mission de "nettoyer les écuries d'Augias" et de redonner au département "une
bonne réputation", faisant référence aux affaires dans lesquelles les Balkany seraient impliqués. "S'il cherche un clash, il va le trouver", rétorque Isabelle Balkany, "scandalisée".
Contre son ennemi juré, elle pousse aujourd'hui la candidature de Jean Sarkozy à l'Epad... et à la présidence des Hauts-de-Seine en
2011.
Le duel
Fabius-Jospin a connu en quelque sorte sa deuxième phase par Premier secrétaire interposé à partir de 2002. Proche de Lionel Jospin depuis 1994, porte-parole de sa campagne en 1995 et premier
secrétaire depuis 1997, François Hollande devient, à partir de la retraite forcée de son mentor, le principal ennemi de Laurent Fabius
au PS. Alors que les législatives de 2002 sont mitigées, les régionales de 2004 sont un triomphe pour le "jeune" Premier secrétaire reconduit au congrès de Dijon (2003). Mais le vent
va rapidement tourner.
Dès 2003, les débats font rage chez les socialistes au sujet du projet de constitution européenne. Fabius, qui a radicalisé son opposition, devient l'une des figures du "non" et continue de faire
campagne quand le "oui" l'emporte au sein du Parti. Le clash entre les deux ténors de la gauche est inévitable. Le 4 juin 2005, le Conseil national vote l'exclusion de Fabius et amplifie les
divisions. La "synthèse" du Mans n'y fera rien : le référendum de 2005 sera un véritable traumatisme qui taraudera le PS
jusqu'à la présidentielle de 2007 et encore aujourd'hui.
Une
cohabitation houleuse a marqué la première année d'existence du ministère du Développement durable. D'entrée, entre Borloo, le
médiatique "super ministre", et Nathalie Kosciusko-Morizet, la spécialiste ès écologie de l'UMP, le courant a du mal à passer. Celle qui tente de verdir la droite depuis des
années, se juge trop compétente et respectée dans le monde écolo pour accepter un strapontin de secrétaire d'Etat. Surtout, jamais elle ne trouvera sa place face à au poids lourd Borloo qui
préfère manifestement l'ignorer. Pire, son ministre de tutelle osera présenter le Grenelle de l'environnement, son bébé, comme son œuvre. C'en est trop. Alors quand le ministre la laisse seule face aux pro-OGM en avril à l'Assemblée, elle craque. Dans une tribune au Monde, elle dénonce "Un concours de
lâcheté et d'inélégance". Visé, Jean-François Copé, le patron des députés UMP, mais aussi et surtout Jean-Louis Borloo. Le tollé la pousse à présenter ses excuses. Mais même quand il
s'agit de se réconcilier, Borloo joue de paternalisme ("Nathalie a craqué. Elle va beaucoup mieux"). Le divorce est consommé. Dès janvier NKM quittera l'Ecologie pour l'Economie numérique.
Congrès du PS à
Metz. Le leadership de François Mitterrand est contesté par son rival, Michel Rocard. Les deux hommes se détestent déjà. Mitterrand
trouve la "forte-tête" Rocard fade et inefficace. Rocard trouve "le stratège" Mitterrand cynique voire machiavélique. L'opposition est aussi idéologique : d'un côté, le "programme
commun" de la gauche avec les communistes (Mitterrand) ; de l'autre une motion prônant le "big-bang" au PS (Rocard).
Mitterrand gagnera cette première bataille et celle de 1981 dans la foulée malgré un Rocard au Zénith dans les sondages. Mais la brouille restera tenace jusqu'au 2e clash : ministre de
l'Agriculture en 1985, Rocard, opposé à l'instauration de la proportionnelle aux législatives, démissionne. Après un nouveau duel en 1988, c'est le poste de Premier ministre qu'il obtient cette
fois. Une quasi "cohabitation" s'instaure alors qui durera jusqu'en 1991, et un congrès de Rennes désastreux pour le PS sur fond d'affaire Urba. Le dernier coup infligé par le Président à son rival sera la promotion de Bernard Tapie aux européennes de 1994 face aux listes
Rocard.
Le vieux lion s'en
va, ses enfants se disputant son héritage. Au Front national, une guerre de succession sans précédent fait rage entre le fils spirituel (Bruno Gollnisch) et la fille authentique (Marine Le Pen)
de Jean-Marie Le Pen. Depuis 1987 et l'affaire du "détail de l'histoire", Bruno Gollnisch, élu du Rhône, est resté un soutien indéfectible du leader frontiste jusque dans ses plus grands
dérapages. Partisan de la ligne dure, l'actuel vice-président du FN a toujours vu d'un mauvais œil la tentative de normalisation et
d'adoucissement du parti initié par Marine en 2002.
Alors depuis que Jean-Marie Le Pen a fixé sa retraite en 2010, tout en soutenant nettement sa fille, les coups pleuvent et
font des victimes collatérales. Lors des investitures des Européennes de juin 2009, la favorite impose ses candidats et débarque deux vieux grognards du FN, Carl Lang (un allié de
Gollnisch) et Claude Martinez, un troisième prétendant à la direction. Aujourd'hui, certains ont peur d'une nouvelle scission dix ans après celle de Bruno Mégret. Réponse dans quelques
mois...
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J'ai vu passé un nain, non deux nains pour le prix d'un...
-Une affreuse sorcière mal aimée et son affreux sorcier de père
-Madame ah que coucou
-Son ex porcinet
-Une grenouille sêchée
-Un mec grisonnant à lunette dont plus personne se souvient Jos quelque chose.....
pour ne citer qu'eux...
Sérieux, la politique et moi ça fait deux (sourire) alors autant le prendre avec humour et tant que c'est pas avec nous qu'ils se chamaillent, qu'ils le fassent en silence......
Très bon ton article....J'ai appris des choses que je ne savais pas!!
Amitiés de Moselle
Bisous
Arwen
André
(ancien élu à Marseille une seule fois et j'étais très jeune ! mais je n'ai fait qu'un seul mandat !)