Partager l'article ! Qui est le "vrai patron" de Marseille ? Et d'ici 2014...: Gaudin? Caselli? Guérini? Les patrons? Les syndicats? Et pourquoi pas les ébou ...
Gaudin? Caselli? Guérini? Les patrons? Les syndicats? Et pourquoi pas les éboueurs ? Marseille est un théâtre où l'entracte ne dure jamais bien longtemps. Décryptage d'un système tiraillé qui semble avoir résisté à sa première épreuve... Jusqu'à quand ?
Le maire plaisante à satiété sur ce "casting sinon inattendu, du moins inédit, pour rivaliser avec Plus belle la vie et faire "Plus
belle la ville".
Et le président du conseil général Jean-Noël Guerini, de filer la métaphore en se présentant comme "financeur, mais aussi coproducteur".
Ce show en duo se préparait et se répétait depuis un petit moment puisque les deux hommes, parfois les trois, "ont régulièrement des rencontres discrètes dont rien ne filtre", confie Yves Moraine, chef de file du groupe municipal UMP.
Si Caselli a préféré laisser la tête d'affiche aux deux anciens concurrents des municipales, "pour le symbole", Marseille Provence Métropole (MPM) est bien la troisième roue d'un attelage qui tient plutôt bien la route, même si l'intérêt de la justice pour les marchés publics locaux, récemment médiatisé, a relancé les hostilité.
"Gouvernance partagée" ou simple cogestion?
Un véritable séisme a secoué la cité phocéenne, le 17 avril 2008, lorsqu'une fronde inattendue de maires de droite a fait basculer à gauche la communauté urbaine et propulsé à la tête de cette assemblée Eugène Caselli, un parfait inconnu pour la plupart des Marseillais.
Dans la droite ligne gouvernementale, le préfet se lamente régulièrement sur "la prolifération des responsabilités": communauté urbaine, ville, maires de secteur, police municipale et nationale, "Il faut demander leur avis à tous ces gens pour faire une modification dans un couloir de bus!" Même perplexité au port, où le directeur général, Jean-Claude Terrier, venu de Dunkerque, a expérimenté le choc des cultures: des coups de hache dans son bureau assénés, fin juin, par des agents portuaires en colère! "Dans le Nord, une fois qu'on avait trouvé un accord avec le maire, Michel Delebarre, on avait fait le tour des problèmes. Ici, il faut négocier avec tout le monde." La réforme des collectivités locales a pour vocation de simplifier ce prétendu "millefeuille" administratif.
Résultat: d'un côté, une municipalité dirigée par la droite, avec une seule voix de majorité, et délestée de l'essentiel de ses compétences (transports, grandes infrastructures, nettoiement, voirie, développement économique, traitement des déchets...) que Jean-Claude Gaudin avait massivement et imprudemment transférées à MPM du temps où il en était président.
De l'autre, la communauté urbaine tombée par surprise dans le camp socialiste, pourtant minoritaire. On risquait la guerre de tranchées.
Pour éviter le blocage de l'institution, la gauche a repris le concept de "gouvernance partagée" expérimenté à Bordeaux, où Alain Juppé (UMP) doit cohabiter avec une communauté urbaine dirigée par un socialiste.
"Une formule tarte à la crème quand il s'agit surtout de gestion négociée", ironise Antoine Rouzaud, vice-président (PRG) du conseil général des Bouches-du-Rhône et de MPM.
Paix armée, guerre larvée, cohabitation de bon aloi, choix du bon sens: les formules ne manquent pas pour décrire l'étrange torpeur politique qui s'était emparée de Marseille ces derniers mois.
"Nous sommes dans une logique de projet de métropole", commente Stephan Brousse, président départemental de l'Union pour les entreprises et du Medef-13, qui voit l'intérêt général primer d'autant mieux qu'"en l'absence d'enjeu électoral, les politiques ne sont pas obligés de se marquer à la culotte".
Cette alliance gauche-droite n'est cependant pas inédite: pour avoir toutes les chances de décrocher le sésame de capitale européenne de la culture, le défi de l'union sacrée avait déjà été relevé...
Le bouillant Stephan Brousse dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas: "Aujourd'hui, de mon point de vue, celui qui a le plus de pouvoir est celui qui a le plus d'argent: donc Guérini!"
Un député de droite va dans le même sens: "Derrière Caselli, c'est Guérini qui tire les ficelles. C'est incontestablement l'homme fort du moment."
A la mairie, on décrit Guérini comme un "superprésident de la communauté urbaine". Même à gauche, un socialiste bien introduit au conseil général glisse à mot couvert: "Ce n'est pas Caselli qui dirige Marseille. Plutôt Guérini, par procuration..."
De fait, début novembre, sur fond de grève des éboueurs, le président du conseil général a une nouvelle fois démontré son entregent, aussi discrètement qu'efficacement.
Lorsque, après six jours de crise, Eugène Caselli fait machine arrière, annulant l'appel d'offres qui avait écarté la société Bronzo, personne n'est dupe: une telle manoeuvre lui ressemblant très peu, il a forcément reçu des ordres.

Renaud Muselier cultive son image de râleur en espérant que ses positions tranchées paieront à l’heure des comptes au printemps 2014.
Mais après avoir beaucoup tempêté contre l'augmentation de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, il a demandé à son groupe de s'abstenir lors du vote à MPM. Illustration parfaite du Yalta qui règne actuellement sur Marseille.
Au dernier conseil communautaire, le maire est resté étonnamment silencieux pendant les violentes attaques de Renaud Muselier contre le président de MPM, assorties d'un cadeau empoisonné, un exemplaire du livre Gomorra, sur la mafia napolitaine. Silence réprobateur? Ou complice?
Pour Claude Bertrand, inamovible Directeur de cabinet de Gaudin, "Muselier ne poursuit peut-être pas les mêmes objectifs que M. Gaudin, mais il s'exprime au nom de la municipalité".
Le docteur Muselier lui-même le dit: "On ne cherche pas à faire tomber l'équipe dirigeante, mais à faire entendre notre voix." Les deux camps sont pieds et poings liés.
Derniers Commentaires