L'ancien ministre Eric Woerth a été mis en examen pour trafic d'influence passif par les juges d'instruction bordelais en
charge des dossiers Bettencourt. Il a été auditionné mercredi 8 février de 9h30 à 21h50, a indiqué le parquet de Bordeaux dans un communiqué.

Eric Woerth est suspecté d'avoir obtenu de l'héritière du groupe L'Oréal des fonds en quantité illégale, qui auraient servi à
financer la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. L'ancien ministre est mis en cause par des enregistrements pirates effectués au domicile de Liliane Bettencourt par son majordome. Ces
derniers, validés le 31 janvier, par la Cour de cassation, suggèrent des opérations financières destinées à échapper au fisc, des immixtions de l'Elysée dans la procédure en abus de
faiblesse, ainsi que des liens troubles entre Liliane Bettencourt, l'ancien ministre du Travail Eric Woerth et son épouse Florence.
Eric Woerth est aussi soupçonné de conflit
d'intérêts. Son épouse, Florence Woerth, a été salariée de Clymène, filiale de Téthys, des sociétés gérant respectivement la fortune Bettencourt et les titres du groupe.
A ce stade, et à deux mois du premier tour
de l'élection présidentielle, les juges n'ont donc pas retenu le financement illicite de parti politique.
L'ancienne comptable des Bettencourt, Claire Thibout, avait indiqué en juillet 2010 avoir remis en janvier 2007 50.000 euros en liquide à l'ancien homme de confiance de Liliane Bettencourt Patrice de Maistre. Selon elle, il lui avait déclaré les destiner à Eric Woerth pour le financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy.
Mais de Maistre et Woerth ont
toujours farouchement nié ces échanges d'argent liquide.
En revanche, le trafic d'influence semble viser la manière dont M. Woerth est intervenu pour faire obtenir la Légion d'Honneur à M. de Maistre en juillet 2007, avant de lui en remettre lui-même les insignes en janvier 2008, alors que M. de Maistre avait embauché à l'été 2007 son épouse Florence chez Clymène, qu'il dirigeait.
Une poursuite de M.
Woerth de ce chef rappellerait la condamnation pour trafic d'influence de l'ancien ministre et sénateur Charles Pasqua à trois ans d'emprisonnement dont deux avec sursis et 100.000 euros
d'amende le 27 octobre 2009, pour avoir fait obtenir la Légion d'Honneur à l'homme d'affaires d'origine russe Arcadi Gaydamak, concomitamment au versement d'importantes sommes d'argent à
une association qu'il animait.
M. de Maistre a été mis en examen le 15 décembre à Bordeaux pour abus de faiblesse à l'encontre de Mme Bettencourt, complicité d'abus de confiance et escroquerie aggravés, ainsi que pour blanchiment.
Laurent Wauquiez,
ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, a été le seul homme politique à réagir mercredi.
Il a indiqué dans un communiqué "apporter tout son
soutien" à M. Woerth, "un homme droit et rigoureux", et s'est dit "convaincu que la procédure en cours lèvera vite les suspicions" : "Il n’est aucun doute sur son intégrité. Tous ceux qui
le connaissent partagent cet avis", a-t-il dit.
Outre l'affaire Bettencourt, M. Woerth, député-maire de Chantilly (Oise), est actuellement impliqué devant la Cour de Justice de la République pour une affaire de prise illégale d'intérêt, visant les conditions dans lesquelles il a autorisé en mars 2010 la vente, à un prix jugé trop bas par des experts, d'une parcelle de la forêt de Compiègne à la Société des courses de Compiègne.
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