Ce n’est pas le premier écrivain qui décrie le « 3e âge ». Je pense au fond qu’il faudrait inventer (comme pour les tranches d’imposition fiscale). Après le « 3e
âge » icette tranche s’appelerait « le dernier âge », non ? Qu’en pensez-vous ? Ne dit-on pas : j’ai connu un « jeune » d’âge très vieux, mais aussi un
« homme âgé », … très jeune !
Chateaubriand affirmait que la vieillesse est un naufrage, les vieux sont des épaves ! Et ces mots affreux devaient être
repris par Charles de Gaulle à l’Assemblée nationale française ! Ce sont là des propos fort impertinents qui
nourrissent les mythes du vieillissement. Trop de gens considèrent cette phase de la vie comme vouée aux déboires, à l’échec et aux frustrations de toutes sortes. En effet, ils croient que les
vieux sont improductifs, souvent malades, souffrent de déclin intellectuel quand ce n’est pas de sénilité…
Quand on « prend de l’âge », il est d’abord primordial d’accepter que nous sommes arrivés à une nouvelle étape de notre vie, même
si les pertes du vieillissement s’amènent subtilement. L’oreille qui entend moins bien, la peau et ses ridules accompagnées de taches brunissantes, le médecin vous prévenant d’un début de
cataracte, la calvitie – sauf qu’elle est volontaire ! -, le sens gustatif qui s’émousse et les raideurs articulaires souvent présentes le matin… Il faut faire avec, disent plusieurs et
c’est précisément ça accepter les pertes du vieillissement.
La force de l’âge, n’est-ce pas de vivre son
âge ?
Tout le monde sait aussi que la mémoire fait des siennes quand on franchit le cap des 60 ou 70 ans. Ou plus ? D’abord, aucune statistique n’est fiable. Et de plus c’est un panel total analysé et dont on tire des conclusions
mathématiques moyenne. On peut avec ça se noyer dans cinquante centimètres d’eau !
Pffffff.
Ne pas se rappeler un nom propre ou ne
plus savoir ce qu’on vient chercher dans une pièce, ce sont des difficultés banales dont il faut rire
! Les pertes graves de mémoire, vérifiables par des tests, peuvent être annonciatrices d’un déclin sérieux lié à la maladie d’Alzheimer. Comme le dit la boutade, si vous vous ne souvenez pas où sont vos lunettes, ça peut toujours passer; si vous avez oublié que vous devez porter des lunettes, c’est
dramatique.
Mais le grand problème, c’est que les choses s’amplifient avec le temps. Ce seront les prothèses auditives pour celui-ci, les interventions
chirurgicales plus ou moins mineures pour celle-là et pour d’autres, les débuts d’une autonomie un tant soit peu réduite : l’arthrose se sera attaquée à la hanche ou à un genou, les vertèbres
moins solides, etc.
Passons sous silence l’apparition des maladies dégénératives qui peuvent, bien sûr, présenter des rémissions alors que certaines, comme les maladies de Parkinson ou
d’Alzheimer marqueront un accroissement de la dépendance… Là comme ailleurs, l’acceptation difficile, qui n’a rien de l’abandon du combat, devra être au rendez-vous.
Sur le plan des relations humaines, la perte des proches ou des amis représente souvent des coups durs pour les aînés. Avec
raison, certains peuvent fort mal réagir surtout quand il s’agit d’un membre de la famille.
La mort d’un conjoint, d’un parent, d’un ami est une des plus grandes épreuves à traverser… les souvenirs demeurent et la
blessure ne se referme pas. Nous ne sommes pas habitués à ces départs puisque nous nourrissons souvent, dans notre quotidienneté, la
fallacieuse impression que nous sommes immortels : ce sont les autres qui meurent, ceux que l’on ne connaît pas…
Non seulement ces pertes ont, elles, un impact direct sur la vie personnelle, mais elles ont des effets négatifs sur le sens de l’identité, l’image de soi, le système de
valeurs et l’espoir en l’avenir.
Malheureusement, personne ne peut échapper à ce déclin et chacun y réagit à sa manière. Les uns se montrent pessimistes, voire
fatalistes, ce qui décourage en eux tout effort de croissance.
D’autres verront les choses d’un œil différent et décideront de profiter de cette dernière étape de la vie pour continuer à
progresser.
Auteur de plusieurs ouvrages de gérontologie, le professeur Jacques Laforest soutient : « Personne ne peut espérer de bien
vieillir s’il n’assume pas les pertes avec l’âge qui avancent doucement ais surement, et la perspective de la fin qu’elles annoncent. C’est le point critique où se dessine l’orientation
définitive d’une vieillesse : ou bien ce sera la plénitude d’une vie à l’approche de son sommet, ou bien ce sera
la tristesse de la mort déjà commencée.
Une réalité demeure toutefois incontournable : pour mieux accepter les effets de l’âge dans sa croissance, si j’ose dire, et
pour vivre longtemps, les aînés doivent composer avec les phénomènes liés au crépuscule de la vie.
Ils doivent retrouver
leur joie de vivre et réfléchir à ce qu’ils deviennent dans un climat de sérénité et de lucidité, sans oublier… qu’ils ne sont pas immortels, ce qui donne tout son prix à la
vie.
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